Dans un contexte difficile voire hostile au livre, l'homme de lettres Carl Kalire raconte la création de sa maison d'édition à Lubumbashi, les défis qui sont les siens, son quotidien, et sa mission : faire sortir de l'ombre de talentueux écrivains méconnus, et propager inlassablement le goût de lire et d'écrire.

Comment avez-vous décidé de devenir éditeur ?

Carl Kalire : Depuis la sortie de mon livre "La misère, l'oppression et la révolte", paru aux éditions Bahû-Bab en 2018, j'ai reçu plusieurs sollicitations de proches amis et connaissances qui souhaitaient que je lise leurs manuscrits. Je pense que c'est de là que m'est venue la décision de devenir éditeur. Je me suis dit que si mes services étaient canalisés dans un circuit formel plutôt qu'informel, je rendrais service à plus de personnes encore.

Comment les éditions Calures ont-elles vu le jour ?

Carl Kalire : J'ai dû réfléchir longtemps avec mes collègues, co-présentateurs de l'émission radiophonique "Regard sur la littérature". Nous avons réfléchi sur la possibilité de diffuser via un livre le résultat de nos recherches. Nous voulions garder des traces matérielles de nos diffusions.

De là, nous est venue l'idée de créer un annuaire de nos émissions. En y réfléchissant davantage, mes idées ont penché sur la création d'une maison d'édition, qui prendrait en charge la publication de cet annuaire sus évoqué. Il fallait garder une certaine indépendance entre la production des émissions et l'édition de l'annuaire. C'est ce qui a conduit à la création de Calures éditions.


Carl Kalire (très) bien entouré au Centre Wallonie-Bruxelles à Lubumbashi, à l'occasion de la Journée internationale du professeur de français, le 26 novembre 2020.

À quels principaux obstacles êtes-vous confrontés dans le contexte lushois ?

Carl Kalire : Notre maison d'édition a pour cheval de bataille, notamment, de rendre disponible au public (le lectorat) des ouvrages de qualité à un coût relativement réduit, assez accessible à la poche des uns et des autres. A Lubumbashi, le livre coûte cher, notamment, parce que l'on en produit de petites quantités ; les imprimeries sont très mercantiles, parfois. Il nous faudrait donc avoir notre propre imprimerie, afin d'atténuer le coût de production des livres.

Nous avons un autre défi : les coupures d'électricité. Il nous arrive de ne pas respecter les délais impartis pour un travail suite à une absence prolongée d'électricité. Nous aimerions également collaborer avec plusieurs librairies et distributeurs. La ville n'en compte que très peu.

Constatez-vous une relative désaffectation pour la lecture dans la région ?

Carl Kalire : C'est plutôt relatif. Nous sommes encouragés par ces lecteurs qui viennent régulièrement emprunter un livre dans notre petite bibliothèque ou qui en achètent dans notre petite librairie. Nous savons que d'autres préfèrent lire des livres électroniques. Ceux qui s'intéressent moins à la lecture lisent parfois par la contrainte des devoirs (cours de français) et de travaux scientifiques. Le fait que de nombreuses personnes contactent la maison d'édition pour se renseigner sur les conditions d'édition indique qu'il y a un grand nombre d'auteurs dans la ville. Ces auteurs sont, de toute évidence, des lecteurs.

Recevez-vous beaucoup de manuscrits ?

Carl Kalire : Oui. Il nous arrive de recevoir parfois jusqu'à trois manuscrits par semaine. Cependant, certains auteurs n'aboutissent pas avec leur projet d'édition pour diverses raisons : certains ont du mal à intégrer les remarques des lecteurs ; d'autres sont freinés par le manque d'argent, dans la mesure où leur projet n'a pas été pris à compte d'éditeur.

Par Matthias Turcaud